L’essentiel est invisible pour les yeux.

L’essentiel est invisible pour les yeux.

29 juillet 2015 3 Par Stéphanie Binon

Il y a un truc bien quand je suis au volant de ma voiture ou simplement passagère, c’est que le handicap devient invisible. Tout à coup, aux yeux des autres, je n’ai plus ce fauteuil roulant qui attire l’attention, ni ses mains qui parfois ne font pas exactement ce qu’on leur demande ou le font n’importe comment.

Je suis, tout à coup, la nana à qui on sourit au feux rouge, à qui on fait un geste de mauvaise humeur si par pure distraction, elle a coupé un peu la route ou encore celle qui chante à tue tête les 100 derniers tubes de l’été.

Je deviens M. et Mme tout le monde.

C’est bien mais pas toujours, parfois, la réaction des gens est assez surprenante.

Comme ce jour où j’allais rejoindre mes copines pour un petit repas dans un centre commercial et alors que je vois au loin la place handicapée libre – oh mon dieu, une place si chère et convoitée libre, c’est tellement, mais tellement rare que j’en pleurerais de joie – une espèce de folle dans une grosse voiture me dépasse, fonce et se gare pile sur l’objet de ma convoitise!

Bon, c’est le jeu sauf quand la dame mal polie sort tranquillou, normale, sur ses deux pieds pour aller faire ses petites courses!

Et là, je dis non! Je me gare derrière elle et lui demande gentiment de bien vouloir se déplacer et me laisser la place car moi, j’en ai visiblement plus besoin qu’elle. Et voici mots pour mots ce qu’elle m’a répondu: “Oh ça va, c’est une blague, vous n’êtes pas plus handicapée que moi, regardez vous!” Je suis restée pour le coup sans voix et j’avoue, qu’aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas si je dois le prendre bien ou mal…

Et si je suis côté passager, c’est pareil.

Hier encore, ma petite famille et moi sommes allés faire un petit tour en Espagne et, alors qu’on se garait sur une place réservée, un monsieur nous a fait les gros yeux et a commencé à nous disputer dans son plus bel espagnol…

Il s’est, bien sûr, confondu en excuses quand mon mari a sorti le fauteuil et que j’ai sauté dessus mais bon, s’il avait simplement regardé la carte sur le pare brise avant de s’emballer, ça aurait été plus sympa.

Je précise que ce cher Monsieur, sur ses deux jambes lui aussi, était garé avec sa camionnette de travail sur la seconde place réservée aux personnes handicapées et qu’il travaillait pour l’aire d’autoroute! Cherchez l’erreur!

Les handicaps invisibles ce n’est pas facile tous les jours…